Un jour à Pôle Emploi en 2014

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Édifiante histoire qui m’a été contée cette semaine… Bien éloignée des effets de manche de nos dirigeants sur les plateaux de télévision. Une journée à Pôle emploi pour une jeune chômeuse ayant un projet s’est très vite transformée en parcours du combattant.

Voici donc Nathalie. Elle a 37 ans. Pendant dix ans, elle a exercé le métier d’assistante de direction dans la même entreprise. Cette petite entreprise de moins de cinq personnes connaît des difficultés et doit se séparer d’une partie de son personnel. Les dirigeants ont accepté de diminuer leurs émoluments pendant des mois afin de garder leur équipe, mais rien n’y fait. La fiscalité et l’évolution du marché ne leur permettent pas de garder leur personnel. Seuls les deux associés continuent l’aventure en tant que salariés. Cette petite entreprise s’est spécialisée en organisation du temps et propose des formations — en plus d’autres services informatiques — à ses clients. Nathalie a une idée et en parle avec ses dirigeants : elle voudrait, elle souhaite, se former à la sophrologie. Elle a suivi des séances. Elle trouve que ça lui correspond. Elle a trouvé une école qui offre une formation un an. Elle est très motivée. Ses dirigeants s’intéressent à son projet et la poussent dans cette voie. Ils pensent même qu’il sera possible, à l’avenir, d’utiliser ses talents et de proposer ces services de sophrologue à leurs clients. Ensemble, dirigeants et employée préparent un dossier à présenter à Pôle emploi.

Nathalie appelle le Pôle Emploi et reçoit un accueil très favorable par téléphone. La conseillère qui lui parle trouve formidable qu’elle ait un projet et qu’elle soit si motivée à le concrétiser. Nathalie va recevoir un avis de rendez-vous…

Nathalie, son dossier sous le bras, arrive au rendez-vous fixé. Elle a relu son dossier tard dans la soirée. Elle sait exactement ce qu’elle va dire. Non pas qu’elle veuille montrer une image fausse d’elle, mais elle n’a qu’un souhait : qu’émane d’elle sa volonté et sa motivation. Elle s’assied en face d’une conseillère qui n’est pas celle qui lui a parlé au téléphone. Elle est confiante et à hâte de lui expliquer son projet. La conseillère l’écoute. Elle prend beaucoup de notes. Nathalie est contente d’avoir cette oreille. Elle se réjouit que son projet soit entendu. Après un moment passer à échanger, la conseillère lève la tête et récapitule :
« Vous recherchez un emploi d’assistante/assistante de direction et vous avez le projet d’exercer le métier de sophrologue selon les critères suivants ; pour un salaire brut horaire minimum de x euros ; pour un trajet aller d’une durée maximale de 45 minutes de votre domicile ; à temps complet en contrat à durée indéterminée… »

La conseillère lève la tête et regarde Nathalie : « C’est bien cela, oui ? » Nathalie répond affirmativement, c’est bien cela, mais elle ajoute vouloir adopter le statut d’autoentrepreneur après sa formation.

La conseillère continue :
« Actuellement, vous bénéficiez d’une aide personnalisée et vous êtes engagée avec Pôle emploi dans des démarches actives de recherche d’emploi.
Vous avez pour objectif :
— ÊTRE ACCOMPAGNÉ POUR ÉLABORER VOTRE PROJET
Vous avez commencé à réfléchir à votre projet professionnel. Vous avez réalisé des démarches en rapport avec le métier de sophrologue. Pour mieux appréhender ce métier vous avez vous même pris des séances de sophrologie. Je vous invite à poursuivre votre réflexion en rencontrant d’autres personnes. Vous avez trouvé une école, mais celle-ci coûte 3500 euros que vous êtes prête à financer. Pour vous aider dans ce projet un accompagnement projet.
Nous vous rappelons que pour vous aider dans vos recherches, nous mettons à votre disposition :
— des offres d’emploi et de formation
— des outils en libre accès (téléphone, photocopieur, borne internet…)
— de la documentation sur les techniques de recherche d’emploi
— des ateliers de recherche d’emploi
— des informations sur le marché du travail… »

Où l’on se rend compte que notre actuel président de la République aurait été un merveilleux conseiller de Pôle emploi ! Certaines phrases n’ont ni queue ni tête ! La novlangue technocratique en action. Nathalie ne veut pas être accompagnée pour élaborer son projet, elle veut savoir si Pôle Emploi prend en charge sa formation ou pas ! Sinon elle contracte un prêt pour faire sa formation. Elle veut des réponses concrètes et la réponse est un composé de phrases toutes prêtes cherchant juste à la réconforter en créant de la confusion, à lui expliquer qu’elle est totalement prise en charge à partir de maintenant, qu’elle n’a rien à craindre… Mais Nathalie ne craint rien que de ne pouvoir faire sa formation ! Alors qu’on lui propose de consulter de multiples documents gratuits pour s’informer on refuse de lui donner l’information dont elle a besoin ! Kafka, sort de cette histoire ! Nathalie a même spécifié qu’elle était d’accord pour financer sa formation sur son allocation chômage ou en souscrivant un prêt ! Le monde est fou, disait la chanson…

La conseillère va prendre une mesure énergique. Elle regarde Nathalie de l’air de celle qui a compris le problème, de l’air de celle qui compatit, qui a de l’empathie même, c’est normal plus rien ne se fait dans le monde moderne sans empathie. Elle lui dit et lui écrit :
« Je vous confirme votre inscription à la prestation : Confirmer son projet professionnel. Vous avez rendez-vous le lundi 1er décembre 2014 avec le prestataire ALTEDIA à l’adresse suivante…
En cas d’absence à ce rendez-vous et sans motif légitime de votre part, attesté par des justificatifs écrits, je serai contraint(e), conformément aux articles L. 5412-1 et R. 5412-1 à R.5412-8 du Code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d’emploi.
Veuillez agréer, Madame, nos salutations distinguées… Le Directeur »

Cette prestation « Confirmer son projet professionnel » dure 12 heures réparties sur 42 jours à partir du 1er décembre 2014. Nathalie est désemparée ! Elle doit suivre une formation auprès d’un organisme privé pour confirmer son projet professionnel. Une formation qui va durer 12 heures ! Une formation offerte par Pôle emploi auprès d’un organisme privé. Des impôts bien utilisés et une mine d’or pour cette société à n’en pas douter. Même s’il est hors de mon propos de décrier les qualités de cette société que je ne connais pas, je m’interroge de ce parcours obligatoire pour quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut faire.

Voici donc dans la France de 2014, comment une jeune femme ayant une certaine expérience se retrouve orientée malgré elle. Nathalie va bien sûr financer elle-même sa formation de sophrologue. Elle fera tout pour rester le moins longtemps possible au chomage. Elle souhaite retrouver son autonomie et ne pas dépendre d’un système qui toujours cherchera à endormir son enthousiasme et sa motivation sous un fatras de règles administratives. Ce système, à l’instar du monde dans lequel il exerce son pouvoir, à un nom : le totalitarisme. Un totalitarisme mou, certes. Un totalitarisme confortable même. Un totalitarisme tout de même, parce qu’une négation de la personne. Une négation de ce qui fait la personne, où celle-ci se laisse endormir par une voix suave, se laisse border douillettement, pour se rendre compte, après un moment, que les draps et les couvertures de son lit sont une camisole de force.

Note de mise à jour : la « technique » consistant à placer immédiatement quelqu’un en formation de bilan de compétence coûte peut-être de l’argent aux contribuables, mais elle permet surtout que le chercheur d’emploi n’en soit plus tout à fait un au regard des statistiques. Il est donc évident que les chiffres donnés chaque mois sont faux, que tout le monde le sait, des politiques aux médias, que tout le monde s’en fiche comme d’une gigne, et que la situation ne peut que s’aggraver.

Un commentaire sur « Un jour à Pôle Emploi en 2014 »

  1. Bonjour, Je viens de lire votre récit publié en 2014 « histoire de Nathalie ». 3 ans se sont écoulé depuis. Je rencontre les mêmes soucis auprès de Pôle-emploi. J’ai exercé pendant 26 ans dans le tertiaire et j’ai travaillé pour la même Société pendant 17 ans jusqu’en Octobre 2016. Suite à des pressions subies au travail, j’ai été en arrêt de maladie pendant 9 mois (burn-out validé par le Médecin Conseil : CPAM). Depuis, je suis suivie par une psychothérapeute. Impossible de retourner au bureau. Afin de redonner un sens à ma vie, et de me reconnecter à mes valeurs, j’ai choisi d’effectuer une formation en sophrologie. Il est reconnu qu’à la cinquantaine, une autre vie s’amorce. C’est vrai ! J’ai donc parlé de mon projet professionnel auprès de Pôle-emploi (reconversion professionnelle), lors de mon inscription dans leur service: en Juillet 2017 (droit pour 1095 jours). Je me suis trouvée face à une personne qui m’a conseillé de reprendre le travail dans le tertiaire et qu’il me fallait accepter les offres que l’on allait me proposer au risque d’être radiée. Elle m’a aussi expliqué que ma formation risquait de ne pas être acceptée car le sophrologie est un métier « non fiable », et qu’il n’y a pas d’avenir dans ce secteur. De plus, celle-ci coûte 3590 € pour 6 mois de formation répartie sur 4 voire 6 jours de présentiel par mois. La théorie vient en plus: beaucoup de recherche, de lecture, en plus de la préparation pour valider chaque module. Je suis donc face à un autre souci car les heures de formation sont inférieures à 40 heures dans le mois. Entre Juillet et Décembre de cette année, j’ai eu un entretien téléphonique le 16 Novembre 17 dans le but de reparler de mon projet professionnel. J’ai réitéré à cette personne ce que j’avais dit lors de mon inscription: je suis en reconversion professionnelle et souhaite effectuer une formation en Sophrologie. A la fin de l’entretien, elle m’a informé qu’un conseiller de projet professionnel me fixerait un rendez-vous dans les 3 semaines à venir, afin de lui parler de mon projet de formation et qu’il me fallait réaliser des recherches complémentaires sur la sophrologie. J’avais déjà réalisé des recherches via internet, visionner des conférences. Je lis sur le développement personnel depuis plus de 30 ans. J’ai été en relation téléphonique avec deux directrices de centre de formation. Ces personnes ont compris ma demande. Mon entourage familial, amical et même professionnel (lorsque je travaillais) connaissent ma personnalité: bienveillance, prenant soin de l’autre, attentive, à l’écoute, bonne conseillère… me disent: le sophrologie est vraiment le métier qui correspond le mieux à la personne que tu es. Afin de mettre toutes mes chances pour obtenir un financement, et de pouvoir exercé mon nouveau métier au plus vite, j’ai contacté le Fongécif avec qui j’ai obtenu un rendez-vous deux jours après ma demande d’entretien. La date butoir de la Commission Paritaire étant le 8/01/2018, il m’est demandé de me rapprocher auprès de Pôle Emploi afin qu’ils me fournissent une attestation spécifiant qu’ils continueront de m’indemniser pendant ma formation. Ce document est important pour la validation de mon dossier. J’ai donc adressé un mail à ma « conseillère » de cette administration il y a deux jours pour lui demander l’envoi de ce document. Voici mon mail :
    Madame,
    Etant désireuse de réaliser ma formation en sophrologie (certification inscrite au RNCP), j’ai obtenu un rendez-vous aujourd’hui avec Fongécif et un dossier de demande de financement m’a été donné. Dans le cas ou le financement par Fongécif serait accepté, (les journées pratiques soit 4 voire 6 jours par mois), il leur faut une attestation de Pôle-emploi spécifiant que je serai indemnisée hors jours présentiel. Pourriez-vous m’adresser cette attestation avant le 7 Janvier 2018 date définitive de remise de dossier. (plus la formule de politesse).
    Sa réponse:
    Bonjour,
    Ce document sera remis en janvier après l’entrée en formation pas avant – merci

    J’ai donc téléphoné pour être en relation avec ma conseillère mais impossible d’obtenir son conseiller au téléphone. J’ai donc réexpliqué le but de mon appel, l’envoi de ma demande et la réponse qui m’a été donnée. Cette personne me redonne les mêmes informations: votre projet doit être validé par le conseiller, la formation coûte chère, elle est inférieure à 40 h. / mois, c’est un métier où il n’y a pas d’avenir, vous devez repenser votre projet, faire d’autres recherches et trouver un travail… C’est épuisant, de se retrouver face à cette administration, face à un mur, feignant de ne pas comprendre, de ne pas entendre, de ne pas être prise au sérieux. Il faut plus d’informations! Montrer votre motivation! …
    C’est déroutant, déstabilisant, humiliant même! Je ne sais plus où m’adresser et j’ai vraiment besoin d’aide. La vôtre sera la bienvenue.
    Merci

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