Prière de l’artisan

Prière monastique du XIIe siècle
Apprends-moi, Seigneur, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler
Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix. Aide-moi au départ de l’ouvrage. Aide-moi au cœur du labeurEt surtout comble toi-même les vides de mon oeuvre : Seigneur, dans tout labeur de mes mains laisse une grâce de Toi pour parler aux autres et un défaut de moi pour parler moi-même.

Garde en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur. Garde-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil

Seigneur, ne me laisse jamais oublier que tout travail est vide sauf là où il y a amour

Seigneur, enseigne-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces. Rappelle-moi que l’ouvrage de mes mains t’appartient et qu’il m’appartient de te le rendre en le donnantQue si je fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir. Mais si je fais pour l’amour du bien, je demeurerai dans le bien. Et le temps de faire bien et à ta gloire, c’est tout de suite.

Amen

Antigoné, lázadó és bensőséges (7/7. L’amour)

7ème et dernière partie: L’amour

Le désir d’Antigone est familial, elle ne veut pas laisser son frère sans sépulture; Créon, övé, désire s’affirmer en tant que roi et montre son pouvoir. Antigone privilégie les liens familiaux qui incarnent l’amour et révèlent un être. Créon assoit son pouvoir en signant un acte de loi qui doit établir son autorité. Un même mot caractérise leur action: le désir. Mais le désir ne reconnaît pas le désir chez l’autre, on pourrait croire, surtout si l’on est tenté d’aduler le désir pour lui-même, que le désir adoube tout désir qu’il rencontre. Entre Créon et Antigone, c’est la mesure des désirs qui compte. Face à face, Antigone et Créon vont augmenter la mesure de leurs désirs à l’adversité qu’ils rencontrent. Mais la source du désir d’Antigone est-il encore compréhensible de nos jours? valóban, le désir d’Antigone, ce désir qui se fonde sur la justice, justice faite et rendue à la dépouille de son frère et aux dieux, ce désir prend tout son sens, car il est communautaire, il s’inscrit dans une cité et dans une famille, vision réduite de la cité, et dans une croyance, Antigone s’adosse aux dieux pour interpeller Créon. Antigone n’exprime pas un désir personnel, elle défend une loi éternelle, elle défend son devoir à le dire, à le clamer devant n’importe quel pouvoir qui se croirait au-dessus d’elle. Depuis quand n’entendons-nous plus qui que ce soit s’ériger dans l’espace public pour clamer son devoir au prix de sa vie? Le pire? Nous nous sommes habitués à ce silence, cette résignation, les lois transcendantales ne nous disent plus grand-chose, donc rien ne vient surplomber et donc corriger les lois qui passent devant nous et nous encerclent comme des détritus dans un courant d’eau. Les communautés qui fortifiaient l’individu au sein d’un espace qui le protégeait et lui permettait de grandir ont volé en éclats. L’individu ressemble maintenant à un électron fou qui ne peut se construire que des bourrasques de vent qui l’épuisent et le déboussolent sans cesse et effacent jusqu’au goût du sens à donner à sa vie. La vie sociale repose sur le droit et le droit seul, mais en un lieu sans géographie composée de gens hors sol tous les droits se valent et se concassent dans un odieux capharnaüm. Créon a le pouvoir. Antigone est la fille d’Œdipe. À une époque où il ne s’agit plus que d’avoir, de posséder, d’acquérir, Antigone pèse — puisqu’il faut évaluer — bien peu. La destruction méthodique de toute métaphysique s’apparente à un crime contre l’humanité. Peut-être le plus grand que le monde a connu. Puisque d’un clic, je peux tout acquérir je n’ai plus besoin que de connaître mon désir pour le rassasier. On comprend aussi que ce désir individuel que plus rien ne protège de son appétit n’accepte aucune limite et surtout pas celle posée par autrui; alors entre en jeu l’envie, le désir dévoyé, avili.

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Identité

L’identité se divise d’une part en un socle qui est en nous sans que nous puissions en tirer un mérite particulier, notre nature et l’éducation que nous avons reçues, et un mouvement constitutif de la vie qui découvre des éléments qui ne sont pas répertoriés par notre nature ou notre éducation, mais qui doivent être lus à la hauteur de notre nature et de notre éducation. Une bonne part de ce processus se déroule sans que nous ayons même à y penser. Il est pourtant essentiel, primordial et nous oblige à la révision permanente de cette nature et de cette éducation, tout comme à la révision permanente de ces nouveaux éléments à travers le prisme de notre nature et de notre culture. L’équilibre, ici encore, s’avère essentiel. Il n’est pas question d’oublier ou pire de ne pas avoir conscience de notre nature, d’oublier ou pire de perdre les bienfaits de notre éducation, pour aborder les rivages de la nouveauté, ou bien nous ne serons rien qu’un drapeau élimé dans le vent, nous n’aurons aucun critère pour juger de la nouveauté et nous risquerions de ne voir en cette nouveauté qu’une nouveauté, et de ne l’aimer que pour cela.

Antigoné, lázadó és bensőséges (6/7. La vocation)

 

Ez a történet a személyazonosság! A szó nem jelenik meg sem a görög eposz sem tragédia. Az identitás idején Antigone hajlik a sorban, és tartozó város. Identity áthatja gyökereztető. A család és a város gyűlt össze egy virtuális szokásos teljes, amit a másik kellett tudni a maga során egy első ülés. során ókorban, senki tiltakozott a személyazonosságát sem kihirdette a, és senki sem akart személyazonosságát. Nem volt üzembe egy jelmez. Les hommes relevaient de leur identité. Az azonosító hasonlít egy terhelés, mi volt, hogy méltó. Ő irányította a lét, és egyre. A modern kor tette egy kihívás, mert átalakította a személyazonosságát van, egyfajta teljesítmény, amit a ruha értékesítésére,. A maga modern fantázia azt hinni, hogy mi lehet választani mindent minden alkalommal, modern idők helyett kérlelhetetlen módszer, hogy azáltal, hogy. Mégis ez a logika, cette idéologie a ses limites: bizonyos dolgokat lehet szerezni, parmi elles: másféleség. Élő személyazonosságát, lehet, amit az egyik, helyezze az ő nevét, hogy a magánélet és ezért a tudás és a mélyülő lényének, Ezek az előfeltételei a találkozót a többi. Az első különbség a Kreónt és Antigoné található az adott helyen, a földet, amelyen épült küzdelem, Antigone préserve ancré en elle ce don des anciens, az istenek, ezeket a gyökereket, hogy meghatározza a hatóság, amelyhez hajlik, hogy álljon fel ezt az embert, fiú szülő, király, aki feleségül az akaraterő és elvakítja, hogy nem hallja a saját hangját, a visszhang. Continue reading “Antigoné, lázadó és bensőséges (6/7. La vocation)”

Antigoné, lázadó és bensőséges (3/7. sors)

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3nd rész : sors

A férfi le a fáról. a férfi, mint a fa, is meghatározza jól gyökerei vagy gyümölcs. a férfi, mint a fa, attól függ, hogy a külső és belső elemek termőképes. L’homme ressemble à ce tronc sculpté par les épreuves s’appuyant sur ses racines et portant des fruits plus ou moins beaux, jobb vagy rosszabb… A hasonlóságok között a növények és az ember végtelen. A víz, amely táplálja a gyökereket, hogy napfény öntözés gyümölcs, oxigén áradt a levelek, toute cette vie qui s’engouffre et circule nous rappelle de manière irrémissible la condition humaine. A fa egy családi metafora. Palánta gyümölcsök és levelek, metaforája a történelem az ember és a család nő. Quelles fées maléfiques présidaient à la naissance de la famille des Labdacides dont descend Antigone? N’importe quelle belle conscience de nos jours y verrait une calamité et une explication pathologique des décisions d’Antigone. Comment cette petite Antigone devient-elle ce fruit héroïque en naissant sur un tronc si plein de stigmates et meurtrissures? A légzés és zavartalan útmutató sors és tompa, hogy a családi és, hirtelen, Antigone szabadul ettől a kényszerzubbony, megszabadítja a családja ezt kényszerzubbony, legyõzte kombiné, és kiegészíti utasítsa sors. Quel prodige! távolságból, kapaszkodott az ág, két lapot is ugyanúgy néznek ki, Mégis csak megközelíteni, hogy miben különböznek. Continue reading “Antigoné, lázadó és bensőséges (3/7. sors)”

Antigoné, lázadó és bensőséges (2/7. a temetés)

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2nd rész : a temetés

— «Drága Ismene. Én ma reggel, hogy elmondjam, hogy elintéztem mindent. Én ugyanezt a temetést testvéreink. Je ne pouvais pas choisir et comme nos frères n’ont pas laisser de dernières volontés, Vettem a dolgokat kézben ez a fix a lehető leghamarabb. Még mindig rendelt embalmer úgy, hogy azok bemutatható. Ha azt szeretnénk, hogy nézd meg, kész lesz a 15 óra. Te nem köteles. végül, ha lehet venni tíz perc alatt, lehet jó. Talán jobb, hogy egy képet, hogy boldogok, így például a gyermekeket. Vettem ugyanazt a modellt urna két. A pap jön a temetés, és egy kis beszéd előtt hamvasztás. Rendeltem ő jön a temetésre. látod, Kezeltem mindent. Eteocles temették el a temető területén található mintegy harminc perc alatt Théba, hogy nemzeti. hogy Polynices, ez bonyolultabb a törvény a mi nagybátyja, Créon. Úgy döntöttem, hogy elterjedt hamvait a csatatéren, mint a király nem akarta, hogy eltemessék. Logikus, non? Mondja el, mit gondol, Nem állt ezen a ponton. » Ce portrait d’Antigone vivant au XXIe siècle livrant les dépouilles de ses frères au chargé des pompes funèbres résume le rite des funérailles de nos jours. A család már készült az ipari forradalom óta terméketlen. Les funérailles ne s’inscrivent guère plus dans la tradition familiale. Le monde moderne se rassérène en employant la formuleértelme, comme la traduction de l’expression anglo-saxonne se fait entendre de nos jours, et comme il est si réconfortant de se le répéter sans que cela ait vraiment de… sens, mert amit ezek a mini-talált értelme a földön majdnem véletlenül, qu’est-ce que ces sens Skin bánat qui s’invitent sans qu’on n’y soit pour rien ou presque, egyébként a maradványok a múlt irányába, a józan ész, egy jó értelemben faragott évszázadok? Keresztül a pusztítás a család, nemzedékek közötti átadáshoz hiányzik, értelmében tetteink elveszett, ezért feltalál jelentés, kell csinál jelentés, meg kell adni az illúziót élő ismét, hogy nem teljesen lemondott. Trükk dől tudatlanság, és itt is, A csalás nem nyúlnak egy nap. Jelentése megegyezik a halál a családban, Ebben az értelemben szinte teljesen feledésbe merült, Emlékeztetőül az Antigoné Szophoklész játék, ahol áll őreként értékek engedje, mivel ezek védik az emberek állatokból. Antigone megerősíti azt, amit az ember tud, és nem; megragadja d-ezte erő, hogy megvédjen minket a hatalom akarása és tanítani nekünk időt, hogy felelős; Egy idő manapság bízott szakemberek certifiés remplaçant de la famille, alkotó egyének, és csekély kapcsolatokat közöttük az idő.

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Antigoné, lázadó és bensőséges (1/7. a család)

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1fél korszak : család

Az első olvasat Antigoné, kétértelműség a fejében az olvasó. Antigone testesíti-e az intézkedés vagy a reakció? Mi mozgatja Antigoné? A reakció nem létezik önmagában, míg az intézkedés nem kell senkinek, ez jogos a törvény. Action mindig avat valamit. Ellentétben gyakran mondják, vagy gondolt, Antigoné nem várhatja el, hogy Kreón Antigoné. Mint Electra bosszú, NAUSICAA fogadására, Penelope hűség, Antigone testesíti adó. Az akció, mivel ez szolgál: beteljesedik a vám. Ez valósul meg a rabságban (úgy teszünk, mintha szabad elfelejteni, hogy a rabszolgaság úton lenni „slave”?). Ellentétben gyakran mondják, vagy gondolt, Antigoné nem egyéni. Ez soha nem áll egyedül. Ha a törvény Kreónt kitolja cselekvési, és ha úgy tűnhet reakció, ez csak a felszínen, puszta kronológia.

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A quels saints se vouer ?

Diable - Orvietto

L’affaire Marcial Maciel nous impose de poser la question du Mal. Notre époque évite de s’y frotter. Que savons-nous de l’œuvre du diable et que pouvons-nous faire pour nous en protéger ? Après avoir tenté d’occulter le bien de la vie, faut-il s’étonner que le mal se montre au grand jour ? Les œuvres du démon sont innombrables, mais l’Esprit-Saint peut tout, notamment les transformer.

Il fallait avoir la faconde de l’écrivain préféré du Pape1 pour affirmer : « Il n’y a qu’une seule tristesse, celle de ne pas être saint ». Cette question entêtante de la sainteté revient toujours comme une saison qui ne passe pas. Il existe beaucoup de choses dont nous pouvons nous débarrasser, mais jamais la question de la sainteté n’en fait partie. Elle nous est consubstantielle. Dès que nous voyons ou assistons à quelque chose de juste ou d’injuste, quelque chose relevant du bien ou du mal, nous cheminons sur la voie de la sainteté. Que ce soit vers elle ou contre elle. Il faut beaucoup de temps pour se rendre compte à quel point la question de la sainteté nous est consubstantielle. Nous sommes saints, nous sommes un temple, nous sommes partis de l’Église qui est sainte, nous sommes à l’image de Dieu qui est Saint, et pourtant nous nous ébrouons, nous tombons, nous peinons, nous nous évertuonsSi peu de résultats pour tant de promesses. C’est que la condition de saint demande quantité d’efforts et donne peu de résultats visibles.
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Actualités de l’humilité

La vision humaine de l’humilité est à l’image de la vison humaine de l’amour, réduite. L’humilité doit exercer son magistère en tout temps et en tous lieux. L’humilité n’admet pas que l’on choisisse si elle doit s’exercer. L’humilité demande ainsi une infinie disponibilité et une infinie vigilance. Elle demande, un terme qui a presque disparu de notre langage moderne, la docilité. La docilité a longtemps été la première pierre de l’éducation. La docilité enfermait et guidait la volonté en la forçant à s’appliquer avec discernement et pour la cause d’une vie. La docilité de caractère requiert un entrainement assidu, comme l’humilité. La docilité est le lieutenant de l’humilité. Elle est aussi son intendance, ce qui n’est pas antinomique avec le rang d’officier subalterne.

La docilité est souvent la première marche permettant d’accéder à la disponibilité et à la vigilance. Être docile oblige à être aux aguets. Être docile facilite tellement la vie. Être docile de nos jours est la première réaction à la dictature du monde moderne. Parce que la docilité empêche la revendication et condamne le narcissisme. On n’image pas à quel point la docilité permet d’accomplir de grandes choses.

Pour accéder à l’humilité, il faut nier l’égo. Quel écho une telle phrase peut-elle avoir à notre époque ? Nier l’égo ? Ou encore, prendre en considération l’égo pour mieux l’humilier ? Quelle folie ? Comment dire à notre époque qu’être humilié est la route la plus sûre vers l’humilité ? Je me souviens d’études de Françoise Dolto à ce sujet. Bien loin de l’image véhiculée sur Dolto par ses thuriféraires. Dolto louant certaines formes d’humiliation pour atteindre un état « supérieur », un état où l’être se détache de son image ; où l’être domine et assujettit son image. Et bien sûr, Françoise Dolto louait cette forme d’éducation chez l’enfant. Qu’était-ce que le bonnet d’âne ? Qu’était-ce que le coin ? Ces pratiques d’un autre âge comme on dirait de nos jours, n’étaient-elles pas avant tout la possibilité pour l’enfant de se repentir, és, de se repentir face aux autres ? Il n’existe pas d’humiliation vécue dans la solitude. L’égo s’apaise quand il s’affronte à l’intimité.
« Je rends grâce à Dieu de n’avoir jamais eu, à cause de ma science, du haut de ma chaire de maître, à aucun moment de mon activité professorale, un mouvement de vain orgueil qui ait soulevé mon âme du siège de l’humilité. » Le plus sûr chemin vers la sainteté, c’est-à-dire le plus sûr chemin vers l’état qui nous est demandé par Dieu, est l’humilité. Celui qui prononce ces paroles montrait dans sa vie une humilité toute naturelle. Un jour de l’année 1257, alors que sa célébrité pourrait le gonfler d’orgueil, Saint Thomas d’Aquin, frère Thomas donc, est de passage dans un couvent à Bologne. Il rend quelques services. Il n’hésite pas à faire toutes sortes de tâches. Il est disponible ; il existe une libération de l’âme à être disponible, à baigner dans la docilité. Un religieux de passage dans le monastère le voit et lui intime l’ordre de le suivre. « Le prieur vous demande de me suivre ». Frère Thomas s’exécute. Il s’harnache des affaires du religieux, certaines dans la carriole qu’il commence à traîner, le reste sur son dos. Frère Thomas est de bonne constitution, mais la charge s’avère tout de même bien lourde. Il besogne. Le prieur a dit : « Prenez le premier frère que vous trouverez ». Frère Thomas a paru au religieux comme la personne idoine pour l’aider. Le religieux est pressé, il rabroue frère Thomas qui peine à tout porter et à avancer à vitesse raisonnable. Frère Thomas montre de la docilité dans l’effort, mais il montre aussi une grande docilité face aux reproches du religieux. En ville, la scène du religieux rabrouant le frère est comique. Les gens se moquent de cette caravane sur son passage. Mais soudain, un murmure parcourt la foule. Il se répand comme une trainée de poudre. Le murmure est un nom. Un bourgeois se fend d’éduquer le religieux. Le frère que vous malmenez estLe religieux se roidit un peu plus, si c’était possible. Il n’ose se retourner. Il n’ose faire face à sa victime. L’ombre de frère Thomas le surplombe, mais cette ombre n’a pas de sens, frère Thomas ne surplombe personne par son ombre. Frère Thomas est à l’arrière souriant, presque placide, il a eu le temps de reprendre son souffle. Le religieux s’approche de lui et lui demande de lui pardonner, il continue d’agiter l’air avec ses bras, mais cette fois pour créer une intimité avec frère Thomas, quand auparavant il n’avait eu de cesse de montrer ostensiblement l’écart existant entre lui et ce frère de petite condition. Il s’approche de lui, lui touche l’épaule, chacun peut voir qu’il n’y a aucune animosité entre eux, qu’il respire au contraire une forme de connivence entre eux. Frère Thomas, dupe de rien, acteur de tout, répond au religieux qui venait de lui glisser qu’il aurait dû déclarer son identité, et l’instruire de sa qualité, qu’il n’était pas question de désobéir au prieur. Comme la foule ne cessait de murmurer contre le religieux, frère Thomas affirma qu’il était là de son plein gré, qu’il acceptait cette charge sans maugréer, qu’il n’y avait là aucune raison de s’emporter contre qui que ce soit, que l’obéissance était la condition sine qua non de la foi. Obéir à son prieur, obéir par amour pour Dieu. Rien ne coûte que de sortir de cette voie ; la voie de l’amour de Dieu.
L’amour de Dieu prend tout son sens dans l’obéissance de l’homme. Que l’homme vienne à déroger à cette douce loi et plus rien n’existe que le monde moderne. Sans docilité, sans humilité. Sans amour.

Lettre à mon ami Alvaro Mutis

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Un jour des années 90, nous marchions dans la rue, nous sortions de l’hôtel des Saints-Pères, et Alvaro Mutis1 s’arrêta net. Nous étions presque au coin de la rue de Grenelle, et il me dit : « Emmanuel, j’ai l’impression que nous avons marché ainsi ensemble il y a bien longtemps dans une rue de Cadix. Et nous tenions la même discussion. » J’avoue ne plus me souvenir de nos propos. Je suis certain que si Alvaro Mutis était encore de ce monde, lui s’en souviendrait.

Alvaro Mutis entretenait une relation particulière à la vie. Il vivait en maniant le souvenir et la réalité immédiate. Il posait toujours un pied dans l’un et un pied dans l’autre. Chez lui, ces deux mondes ne se quittaient pas, ils se trouvaient proches, allaient de conserve, comme des siamois, comme une vie à sens unique, pour le meilleur. Alvaro Mutis vivait sa vie et d’autres vies, des vies qu’il avait vécues auparavant, ou qu’il vivrait plus tard. Alvaro Mutis vivait surtout, à tout moment, accompagné d’un jeune garçon, cet encore enfant s’appelait Alvarito, il était de tous nos rendez-vous. Carmen, l’épouse d’Alvaro, acceptait sa présence même si ce n’était pas son fils. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme Alvaro Mutis. Je veux dire que la présence de lui, sa présence enfant à côté du même adulte d’un âge certain avait quelque chose de terrifiant et d’intrigant. Je le lui ai dit souvent. Je lui ai dit que Bernanos, qu’il affectionnait, devait aussi vivre ainsi avec la rémanence incarnée de soi jeune à ses côtés.

Je viens ici raconter ce que je connais d’Alvaro Mutis, de Maqroll el Gaviero et de quelques autresCes dernières années ont été lentes et longues. Nous correspondions beaucoup moins. Il n’écrivait plus. Il n’écrivait plus depuis si longtemps. Les tremblements avaient pris le pas. Une certaine vacuité aussi. Tout était voué à disparaître comme la souche de l’arbre mort disparu en une semaine dans la fournaise humide de l’Amsud. Tout devait passer, et ce spectacle de la vie en action n’aura cessé d’émerveiller Alvaro Mutis tout au long des quatre-vingt-dix années qu’il a passées sur cette terre.

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